Jacques Ibert :
Bacchanale, Divertissement, Ouverture de
fête,
Symphonie marine, Escales.
Le choix de ce programme symphonique est très
representatif de l'art de Jacques Ibert, offrant les aspects varies d'une
musique tantôt festive et gaie (Bacchanale - Divertissement), tantôt
lyrique et inspiree (partie centrale de l'Ouverture de fête),
descriptive et evocatrice (Escales ou Symphonie marine). Ces oeuvres,
d'une ecriture orchestrale toujours brillante et pleine d'assurance, se
trouvent reparties regulièrement tout au long de (a carrière du compositeur. De
fait, dans la production de Jacques Ibert, (a musique orchestrale occupe line
place primordiale. Le catalogue de toutes ses oeuvres compte 121 numeros d'opus
parmi lesquels, outre les titres presentes ici, figurent trois concertos, deux
symphonies, six poèmes symphoniques et dix suites symphoniques extraites
d'ouvrages sceniques. Une bonne connaissance des possibilites instrumentales doublee
d'une rare maîtrise de ('orchestration expliquent que le repertoire orchestral constitue
le domaine d'election du compositeur.
La formation de Jacques Ibert (ne a Paris
en 1890, mort en 1962) eut lieu au Conservatoire de Paris avant la Première
Guerre mondiale: entre a vingt ans, en 1910, il en ressortit a vingt-quatre,
chasse au front. Ibert ne fut veritablement l'elève que d'Andre Gedalge, même
s'il apprit les règles de l'harmonie traditionnelle avec Emile Pessard et
celles de la composition auprès de Paul Vidal. A cette epoque, il se lia d'amitie
avec ses cadets Arthur Honegger et Darius Milhaud, formant un « groupe des
trois » que Gedalge reçut regulièrement chez lui, deux annees durant, pour des leçons
privees qui venaient completer celles du Conservatoire. Gedalge etait un maître
remarquable et la valeur de son enseignement fait l'unanimite des compositeurs
qu'il forma.
Son apport technique peut être resume en
trois points: primaute de la ligne melodique, usage de formes solidement campees
et nettete de I' orchestration.
Ibert etait doue d'une aisance d'ecriture
qui lui permettait de composer directement a l'orchestre, sans reduction prealable
au piano. En 1925, il eut d'ailleurs la responsabilite de rediger un cours
complet d'orchestration qui temoigne de la sûrete du metier qu'il avait acquis
des son retour de Rome.
L'orchestre d'Ibert se distingue par un equilibre
soigneusement realise entre les groupes instrumentaux et par cette façon d'etablir
des echanges entre les parties, chasses croises qui animent et colorent
I'ensemble. En favorisant les croisements entre les voix, il obtient une grande
cohesion et, evitant le redoublement des parties d'un groupe par des
instruments appartenant a un autre, il privilegie I'emploi des tons purs qui creent
une grande clarte de sonorite.
Bacchanale,
dont le sous-titre est Scherzo pour orchestre, a ete composee durant le premier
semestre 1956 en reponse a une commande de la B.B.C. pour le dixième
anniversaire de son troisième programme (« Third Programme »). Pour cette
occasion, la B.B.C. etait desireuse de voir realiser une serie d'ceuvres
symphoniques par d'eminents compositeurs Europeens. La musique d'Ibert etait très
appreciee en Angleterre. Ecrite pour un orchestre important (vents par 3,
percussion etoffee) cette pièce en trois sections enchaînees - Allegro
vivace, Moderato assai, Allegro vivace - s'appuie sur une construction symetrique
qu'utilise souvent Ibert et qui permet un jeu rythmique de syncopes et fausses hesitations.
Le Divertissement pour orchestre de
chambre est un des grands succès d'Ibert. Il s'agit en fait de la suite tiree
d'une musique de scène pour la pièce d'Eugène Labiche; Un Chapeau de paille
d'Italie donnee le 19 septembre 1929 a Amsterdam. Le Divertissement lui-même
fut cree a Paris, salle Pleyel le 30 novembre 1930. L'argument est un
vaudeville burlesque au cours duquel un jeune homme se trouve entraîne, le jour
de ses noces, dans une suite d'aventures imprevues et de malentendus pour
tenter de remettre la main sur un certain chapeau de paille. La musique evoque
avec brio ces diverses situations. Le tout s'achevant au commissariat de
police, on comprendra l'usage d'un sifflet a roulette dans l'orchestration très
imagee qu'Ibert donne de cette pièce.
Ouverture de Fête fut composee dans des circonstances moins souriantes. Ecrite a Rome en
1940 - Ibert etait alors directeur de la Villa Medicis - cette ceuvre fut commandee
par le gouvernement français pour être offerte au Japon a l'occasion du 2600' anniversaire
de la fondation de l'Empire Japonais. Mais1e manuscrit fut egare lors du retour
de Jacques Ibert en France en juin 1940 et il fut contraint de le reconstituer.
La première audition en France n'eut lieu que plusieurs mois après, durant
l'occupation allemande, le 18 janvier 1942 a Paris, par la Societe des Concerts
du Conservatoire placee sous la direction de Charles Munch. Ce concert fut une reussite
et apporta un precieux reconfort moral a l'eloignement d'Ibert, alors refugie a
Antibes.
Symphonie marine: sous ce titre image se cache en fait une musique de film pour le
court metrage intitule S.0.S. Foch du realisateur Jean Arroy, projete
pour la première fois en mai 1931. Ibert fut par la même, le premier
compositeur Europeen a realiser une partition musicale pour un film parlant. Il
se reconnaissait d'ailleurs un interêt certain pour le cinema et il a compose
plus de trente musiques de films, ce qui constituait une aide materielle non negligeable.
Le scenario d' S.0.S. Foch consiste en un reportage dramatique sur le
sauvetage, par un croiseur de la marine française, d'un cargo en detresse, prêt
a chavirer. La tempête grande, des lames balaient les jetees, le tocsin
retentit. Le sauvetage a lieu dans des conditions extrêmement difficiles, avec
beaucoup de peine, des hommes transits de froid sont montes a bord du Foch, le
capitaine en dernier. Ce court metrage bouiI1onnant honore le courage des
sauveteurs et la fraternite face au danger.
Jacques Ibert n'a pas tenu a ce que cette ceuvre
soit donnee au concert de son vivant: elle n'a ete editee sous le titre Symphonie
marine qu'en 1964 après avoir ete creee a Paris le 6 Octobre 1963 par
l'Orchestre des Concerts Lamoureux, sous la direction de Charles Munch.
Escales est la troisième
ceuvre d'envergure du jeune compositeur. Apres son poème symphonique La
Ballade de la Geôle de Reading et son opera Persee et Andromède, Escales
a ete compose en 1921-22, a la Villa Medicis et a Paris. L'ceuvre fait
partie du "deuxième envoi de Rome", travail obligatoire des
pensionnaires musiciens. Cette musique deliberement pittoresque etait a
I'origine une suite d'orchestre portant trois numeros, auxquels Ibert attribua
plus tard, sur demande de son editeur, des titres : N° I "Calme" [Rome-Palerme),
N° II "Modere, très rythme" [Tunis-Nefta), N° III "
Anime" [Valencia]. L'ceuvre fut creee le 6 janvier 1924 a Paris, salle
Gaveau aux Concerts Lamoureux, sous la direction de Paul Paray.
@ 1997 ALEXANDRA LAEDERICH